Louis Witter concilie la vie d'étudiant et de photoreporter freelance

Louis Witter concilie la vie d'étudiant et de photoreporter freelance
"Les talents de la ruche" : musique, comédie, sport, écriture... Certains jeunes mènent une double vie entre études supérieures et vie artistique ou sportive. Aujourd'hui, découvrez Louis Witter, 20 ans, passionné de photo et d'actualité, qui s'est lancé en tant que photoreporter freelance et qui n'hésite pas à parcourir le monde pour couvrir différents événements tout en suivant des cours en école de journalisme.

talents de la ruche

Hello Louis, peux-tu décrire ton parcours en quelques lignes ? Je suis actuellement en école de journalisme à Paris. A côté de ça, ça fait maintenant trois ans que je suis photoreporter freelance pour quelques médias, français ou étrangers, sur des sujets un peu variés. Je fais mes reportages à Paris ou ailleurs et j’essaye de les vendre ensuite. D’où t’es venue ta passion pour la photographie puis pour le photojournalisme ?
La photographie ça date d’il y a dix ans maintenant, quand j’ai eu mon premier appareil.
J’ai adoré ça du coup j’ai continué, jusqu’aux manifestations contre le mariage homosexuel en 2013. Je voulais montrer pourquoi des gens se mobilisaient. Puis après, plus profondément, j’ai entamé des travaux plus documentaires, notamment sur l’extrême droite parisienne. Ensuite, plus récemment, sur les anticapitalismes européens. photoreporter étudiant Louis Witter manifestation actualité A Nantes, des manifestants contre l’aéroport de notre dame des landes font face aux policiers qui tentent de les disperser, janvier 2015 (Louis Witter © Hans Lucas). Est-ce que ce n’est pas trop « prenant » de vivre ta passion pour le photojournalisme tout en suivant les cours en école de journalisme et en étant toujours présent sur ton site web et les réseaux sociaux ? Le site web et les réseaux sociaux, c’est pas un temps fou. Dans les transports ou même au boulot on est toujours un peu connecté et c’est important d’en faire une arme aujourd’hui. Une arme militante premièrement parce que ça marche, et aussi un nouveau moyen d’informer. Après oui je t’avoue qu’avec les cours ça a pas toujours été facile, je me suis fait engueuler à de nombreuses reprises par ma direction à cause d’absences pas trop justifiées ou de trucs comme ça. Des conseils pour bien s’organiser ? Préparer un max ses reportages. Bosser ses sujets, arriver à un endroit en le connaissant au moins un minimum. J’ai trop fait ce genre de sujets où t’arrives, tu connais rien et finalement tu passes au mieux pour un blaireau, au pire pour un ignorant. Aujourd’hui j’essaye de changer ma manière de bosser et je conseille aux têtes en l’air comme moi d’en faire de même. Es-tu rémunéré pour les photos que tu prends lors des événements comme des manifestations par exemple ? Tout dépend, parfois oui, parfois non. En fait, ça dépend de l’intérêt d’un média. Si une rédaction veut écrire un article sur le sujet elle peut t’appeler et te dire « fonce, tu nous fais un reportage ». Mais le plus souvent je fais mes photos et je passe des coups de fils ensuite. Sans succès. C’est très variable ! photoreporter étudiant réfugié police Paris métro la Chapelle Un réfugié expulsé du métro La Chapelle à Paris est sorti par les policiers alors qu’il tentait de récupérer ses papiers dans sa tente, février 2016 (Louis Witter © Hans Lucas). N’est-ce pas trop difficile de se faire reconnaître comme journaliste en France ou dans d’autres pays lorsque tu veux couvrir des événements si tu n’as pas de carte de presse ? Ah… L’éternel problème de la carte de presse. En fait, ce débat vient d’une part de l’ignorance de certains policiers ou officiels qui ne comprennent pas que l’on peut être journaliste sans pour autant avoir la carte de presse. Vous avez déjà demandé à votre boulanger si il avait sa carte de boulanger ? Là c’est le même problème. Puis il y a des conditions d’accès à cette carte que pour le moment je ne remplis pas, déjà parce que je ne suis qu’étudiant. Mais c’est vrai que parfois, le fait de ne pas l’avoir ferme des portes. Y a-t-il certains de tes travaux qui sont copiés ou utilisés sans ton accord ? Comment fais-tu si c’est le cas ? C’est assez rare, sauf via Twitter. Mais récemment, des médias anglo-saxons qui avaient pris mes photos sans mon autorisation se sont excusés, m’ont payé comme si j’avais travaillé pour eux et se sont penchés sur mon travail, ce qui ouvre peut être la voie à de futures collaborations. Le tout est de ne pas se laisser marcher sur les pieds par les pratiques de certains parfois à la limite de la légalité.
Faire son travail, envoyer ses images et être payé pour cela : c’est normal.
As-tu des conseils à donner aux autres passionnés de photographie/photojournalisme ? Je ne suis pas tellement un donneur de bons conseils. Mais si je peux en donner quelques uns, les voilà : n’écoutez pas les vieux grincheux du métier. N’écoutez que vous, vos projets, ceux en qui vous avez confiance, ceux dont vous admirez le travail et ceux qui sont prêts à vous pousser à fond pour vous faire avancer. Si vous avez une idée de reportage qui vous vient à l’esprit, faites le, essayez de le publier, frappez aux portes des rédactions, allez y gaiement et ne baissez pas les bras. photoreporter étudiant terrorisme combat Irak Portrait de Karwan, un jeune combattant kurde qui se bat contre Daesh, à Sinjar en Irak. Novembre 2015. (Louis Witter © Hans Lucas). Une fois les études terminées, quel serait ton job idéal ? Ca existe un job idéal ? Personnellement je n’en ai aucune idée. Le job idéal ça serait qu’on me défraye tous mes reportages et qu’on m’envoie les faire sans trop poser de questions, tout en les publiant en pleine page. Ca n’existera jamais, mais c’est bien pour ça que c’est le job idéal. Merci Louis de nous avoir parlé de ta passion ! Vous pouvez consulter sa page web ici pour plus de photos !  Photo à la Une : @FabriceM, twitter : @lespritrock