Suppression des APL des étudiants non boursiers : le démenti enfin tombé !

Suppression des APL des étudiants non boursiers : le démenti enfin tombé !
Entreprendre des réformes en matière de politique jeunesse est périlleux et difficile. De nombreux gouvernements ont en effet été contraints de céder face à la force de la rue. F. Hollande, auto-proclamé « Président de la Jeunesse de France » le 6 mai 2012, et son gouvernement commettent pourtant selon moi erreurs après erreurs.

Supprimer les APL pour les non-boursiers : une aberration !

La proposition émane de la Cour des Comptes, et il ne s’agit pas ici de le lui reprocher : le Cour cherche des économies dans tous les domaines, mais n’a pas vocation à prononcer des arbitrages ou à estimer leurs effets sociaux. C’est au gouvernement de prendre sa responsabilité.

Une loi prochainement adoptée ? Un démenti enfin tombé

Ici, en l’occurrence, jusqu’à encore lundi matin, aucun des ministres interrogés sur la question n’avait démenti que cette suppression serait envisagée. Par exemple, Michel Sapin, dans les locaux d’Europe 1, s’est bien gardé de prendre position, et n’a ni démenti ni confirmé une telle mesure. Pourquoi tant d’hésitations ? L’enjeu économique naturellement : la Cour des Comptes annonce 800 millions d’euros d’économies, une somme peu négligeable. Finalement, le démenti est tombé dans la soirée. Bilan d’une journée mouvementée.

La jeunesse s'oppose à une telle mesure

En se refusant de nier une telle mesure pendant ces quelques heures, le Gouvernement aura au moins eu le mérite de favoriser la cohésion et le consensus ! De la droite à la gauche, partis politiques ou syndicats, associations ou fédérations, tous sont unanimes : le Gouvernement devait rapidement revenir en arrière, au risque de voir les syndicats appeler à la manifestation, et les partis politiques les soutenir. Y compris les Jeunes Socialistes y sont extrêmement défavorables, soulignant l’importance de l’autonomie des jeunes. Quant aux Jeunes Populaires, les jeunes de l’UMP, ils soulignent des mesures qui, une nouvelle fois, découragent les jeunes pour leur avenir. Il faut en effet comprendre les enjeux d’une telle mesure. Si ce sont 800 millions d’euros qui seraient économisés, ce sont aussi et surtout 550 000 étudiants qui auraient perdu leur Aide Personnalisée au Logement. L’allocation se chiffre à environ 180 € par mois, permettant à de très nombreux étudiants d’obtenir une bulle d’oxygène alors que les loyers croissent rapidement, et que les logements étudiants du CROUS sont très sollicités.

Un projet de loi qui  aurait touché fortement la mobilité géographique des classes moyennes

J’avais déjà souligné, dans un précédent article, les difficultés des jeunes pour financer leurs études et leur vie étudiante. Aujourd’hui, l’État aurait failli en tentant de se désengager d’un poste fondamental. Je pense notamment aux milliers d’étudiants qui n’ont pas d’établissements d’enseignement supérieur à proximité de leur domicile familial ou qui font le choix d’aller étudier dans une autre région. Indirectement, si une telle mesure s’était confirmée, ce sont les classes moyennes qui auraient vu leurs enfants plonger dans de graves difficultés financières. Ce sont plus de 2 000 € par an que les familles auraient alors du trouver pour garantir un logement à leur enfant. Je crains qu’une partie d’entre d’eux n’aurait été contraint de renoncer à une mobilité géographique afin de poursuivre leurs études supérieures. Si certains commencent à comparer cette mesure à celle de 2010 ou encore de 2013, qui envisageaient toutes deux de mettre fin au cumul entre APL et demi-part fiscale, ils commettent une grave erreur. Celles-ci cherchaient à rétablir un équilibre fiscal qui peut certes être débattu. Dans le cas présent, on s’attaque de manière particulièrement grave à la mobilité des étudiants, pourtant promue par le même gouvernement. En somme, cette mesure est irresponsable.

Une politique qui suit le même modèle

Malheureusement, c’est l’ensemble de la politique engagée par le Gouvernement en matière de jeunesse qui suit la mauvaise stratégie ! La réforme des stages, je l’ai déjà indiqué, partait d’un bon fond, j’en suis persuadé. Il n’en reste pas moins qu’elle aura des conséquences probablement indésirables. Je n’aborderai pas ici la problématique du chômage des jeunes, qui atteint des niveaux historiques. Ce ne sont pas les contrats de génération ou encore les emplois d’avenir – qui rappellent les emplois jeunes de la troisième cohabitation – qui pourront permettre d’atteindre les objectifs espérés. Pour moi, le problème est ailleurs : c’est celui de l’École.

Un système scolaire mal adapté au monde du travail

Je le défends régulièrement tout au long de mes articles, les maux actuels auxquels sont confrontés les jeunes découlent avant tout d’un système scolaire inadapté aux réalités du monde du travail, ou encore d’une volonté irresponsable de vouloir amener tous les jeunes au sein des mêmes filières, à savoir la filière générale. Pire encore, l’apprentissage, filière qui, par excellence, permet aux jeunes d’obtenir une formation théorique et pratique, très prisée par les recruteurs, est sur la sellette dans la mesure où la suppression de la prime le concernant est envisagée. La bien-pensance selon laquelle tous devraient avoir un baccalauréat général est une abomination, qui favorise un nivellement insupportable pour l’Ecole républicaine. Faisons confiance à la filière professionnelle ! Je n’aborde même pas ici le collège unique, que l’on refuse désespérément de réformer. Je pense encore à la réforme de l’auto-entrepreneuriat, ce statut fondamental pour les jeunes qui se lancent pour la première fois dans le monde de l’entreprise sans pour autant risquer de se retrouver dans des situations particulièrement périlleuses du point de vue financier. Les jeunes sont, in fine, totalement découragés dans leurs initiatives et leurs projets. Le Gouvernement devrait, alors que la situation de la Jeunesse aujourd’hui est délicate, et qu’elle n’est très clairement pas entendue comme il l’avait été promis en 2012, accepter de réunir tous les partenaires jeunes, à savoir les syndicats, les partis politiques, mais aussi et surtout les associations, les professionnels de l’éducation, les jeunes élus (lycéens ou étudiants) ! Pourquoi ne pas envisager des Assises Nationales, ou encore des Assises Locales organisées par les préfets ? La Jeunesse mérite d’être mise en avant, d’être entendue : son talent est indéniable, comme le montrent de nombreux étudiants, jeunes professionnels… Finalement, alors que le remaniement aurait pu emporter toutes ces erreurs stratégiques, le Gouvernement a eu tort de laisser planer un doute malheureux sur une telle mesure. Les jeunes ont fort heureusement été entendus, au nom de l’intérêt général et du bien-être des 550 000 jeunes concernés, mais aussi des 1 400 000 étudiants que compte la France. J’ignore s’il s’agissait d’une annonce afin de tester les représentations des jeunes ou bien d’une maladresse. Ce qui est certain, c’est que les jeunes n’entendent pas laisser leur situation se dégrader sans réagir.