Rentrée 2013 : les réformes vues de 3 façons différentes

Rentrée 2013 : les réformes vues de 3 façons différentes
En cette rentrée scolaire pour tous les écoliers, collégiens et lycéens de France, l’année 2013 apporte son lot de nouveautés, mais aussi de permanences, plus ou moins positives. Retour sur le début d’une nouvelle année scolaire, étudiante ou professionnelle.

Quelles nouveautés pour la rentrée 2013 des jeunes ?

La rentrée étudiante du côté des cours

2013 n’est pas une année comme les autres pour tous les étudiants français. En effet, bien que passée inaperçue puisque votée en juillet dernier, la loi sur l’enseignement supérieur et la recherche bouleverse le quotidien d’un certain nombre d’entre nous. Commençons par la filière que je connais le mieux puisqu’en sortant, les classes préparatoires. Les CPGE ont désormais l’obligation de signer des conventions avec une université. L’objectif d’une telle mesure est double : favoriser les enseignements communs avec les facultés et rendre obligatoire la double inscription. Les conséquences sont cependant bien plus importantes que l’on ne peut l’imaginer. D’une part, les étudiants en classe préparatoire seront-ils donc amenés à suivre des cours en faculté ? Comment vont alors s’organiser les emplois du temps, en sachant qu’un étudiant en CPGE a environ trente-cinq heures de cours, en omettant les « khôlles » et autres devoirs surveillés ? D’autre part, les enseignements communs n’amènent-ils pas, naturellement, à la dispense de cours par les enseignants de classe préparatoire en faculté ? Quel statut leur accorder alors ? Quid de la rémunération ? Toutes ces questions sont laissées à l’appréciation des partenaires. Autrement dit, avec une probabilité de réalisation quasi-nulle. Si l’on poursuit avec les filières sélectives – telles que les CPGE ou les Instituts d’Etudes Politiques –, celles-ci seront désormais contraintes d’accueillir des élèves méritants en leur sein. Une mesure qui a fait l’unanimité – ou du moins consensus – au Parlement, ce que l’on peut comprendre sans difficulté. Néanmoins, il aurait été intéressant de préciser comment seront repérés lesdits élèves méritants. Enfin, concernant les facultés, un bouleversement est en cours. D’abord, la loi rend pluridisciplinaire la première année de licence. Autrement dit, la spécialisation viendra plus tard dans le cursus étudiant. Ensuite, le nombre de licences va progressivement être ramené à moins de cinquante, par souci de simplification. Des mesures honorables en soit. Je crains cependant que l’université ne devienne le lieu, du moins en licence, d’un enseignement général ; quand les recruteurs recherchent chaque jour davantage des étudiants avec des diplômes particulièrement pointus et spécialisés.

La rentrée étudiante du côté de la vie quotidienne

La dernière mesure de la loi sur l’enseignement supérieur est celle qui concerne les étudiants boursiers. De nouveaux échelons sont créés, et une augmentation des montants versés est annoncée. Cependant, vont être supprimées les bourses au mérite – plus tard dans le quinquennat –, qui récompensaient les bacheliers ayant obtenu parmi les meilleures mentions. Une décision que je regrette évidemment car finalement peu coûteuse si l’on considère l’aspect humain de cette aide aux plus méritants. Quant à la vie étudiante en elle-même, la situation reste problématique pour de nombreux étudiants. L’énumération des difficultés que rencontrent les étudiants est affligeante : restauration, logement, assurances, banques, santé… Les syndicats étudiants ont clamé haut et fort une hausse d’environ 2 % des coûts liés à la rentrée 2013. Je n’ai pas en ma possession les moyens d’infirmer ou de confirmer le chiffre annoncé. Néanmoins, l’exemple tragique que l’on connaît malheureusement tous d’un étudiant contraint d’arrêter ses études pour des raisons financières devrait suffire à « tirer la sonnette d’alarme ». Il est vrai que les emplois étudiants existent et donnent à de nombreux étudiants une bouffée d’oxygène. Mais n’oublions pas que les étudiants doivent obligatoirement déclarer annuellement tous les revenus d’emplois étudiants si ceux-ci dépassent trois fois le montant du SMIC mensuel. Je propose donc que ce seuil soit relevé. De surcroît, ces étudiants sont d’autant plus méritants lorsque l’on sait que l’emploi étudiant favorise l’échec universitaire, comme l’a souvent répété le sociologue Claude Grignon. Enfin, je déplore vivement que la lutte contre le bizutage ne soit pas intensifiée. En effet, lorsque mon équipe, au sein de mon association, l’AERJE, a alerté la ministre de l’Enseignement Supérieur sur cette question, notre demande est restée lettre morte. En l’absence de réaction ferme sur la question et de mobilisation des chefs d’établissements – trop nombreux à rester inactifs et indulgents –, je crains que ces actes, illégaux je tiens à le rappeler, ne se développent.

La rentrée professionnelle

Enfin, je pense à tous les jeunes qui font leur rentrée dans le monde professionnel, qu’ils soient salariés, patrons, indépendants… Comme je l’ai déjà abordé précédemment, je suis navré que les entreprises soient privées des 500 millions d’euros de crédits à l’apprentissage, permettant aux étudiants de débuter paisiblement dans le monde du travail. Néanmoins, j’espère que les entreprises sauront trouver des moyens divers pour maintenir leur engagement, si important. Les jeunes et leurs établissements ont besoin de vous ! Certains font cette année leur première rentrée professionnelle, nouvellement diplômés ; rentrée que j’imagine particulièrement marquante dans l’esprit des jeunes que nous sommes. Je crois qu’il s’agit d’une année de défis : d’intégration et d’adaptation notamment. Autrement dit, un nouveau départ. Je n’oublie pas les jeunes entrepreneurs qui auront le courage de débuter cette année leur activité, de se lancer dans cette formidable aventure. J’ose imaginer qu’il ne s’agit finalement pas d’une rentrée, dans la mesure où ses « vacances » ont du se révéler éprouvantes – mais captivantes – quant à la préparation du lancement. Si le statut choisi est celui de l’auto-entrepreneuriat, les voies de réforme restent malheureusement toujours aussi floues… Quel que soit le statut professionnel, j’ose espérer, avec un soupçon d’optimisme, que la reprise d’activité tant attendue saura profiter aux activités de chacun. Finalement, que l’on soit étudiant ou en activité professionnelle, chacun peut voir en cette rentrée le bouleversement de l’ordre établi. Un renouveau en somme ?