[Interview Entrepreneur] Et si je stockais chez mon voisin ?

[Interview Entrepreneur] Et si je stockais chez mon voisin ?
Nous avions rencontré Laure Courty, fondatrice du site jestocke.com, à l'occasion du cocktail entrepreneuriat organisé par Wizbii et Le Crédit Agricole à Bordeaux en avril dernier. Découvrez l'aventure entrepreneuriale de Laure à travers une interview exclusive.
Bonjour Laure, peux-tu décrire ton parcours ?
Après des études de langues, j’ai intégré une première maison d’édition parisienne, puis une seconde et ainsi de suite. Au final, j’ai passé une dizaine d’années dans l’industrie du livre, et ce, pour mon plus grand plaisir. Fin 2011, nous déménageons en province. Je réalise quelques projets en free-lance d’écriture de séries d’animation et de coordination d’Atlas géopolitiques, mais surtout je commence à me pencher sérieusement sur le numérique, les pure players... Et un jour, il y a la petite idée qui vient vous chatouiller, la traduction évidente d’un besoin que vous connaissez bien, en l’occurrence celui du manque de place. Aujourd’hui, je dirige jestocke.com, un service de stockage entre particuliers.
Jestocke.com en quelques mots ?
Nous avons imaginé le premier service de stockage entre particuliers et on vous conseille de faire un petit détour par notre première vidéo. Dans nos grandes villes, les mètres carrés sont rares et les solutions de stockage souvent excessivement chères. Pourtant un ménage sur deux possède une cave et un garage sans parler de ceux qui ont un peu de place dans un débarras, atelier ou autres. Alors pourquoi ne pas simplement utiliser une plateforme de mise en relation pour permettre à l’offre et la demande de se rencontrer simplement. Notre service s’inscrit dans une démarche collaborative qui ne date pas d’hier même si elle s’amplifie nettement depuis quelques années : échange d’appartement, colocation, covoiturage, location de camping-car entre particuliers, troc…
 Quel est votre business model ?
Jestocke.com, comme de nombreux acteurs de la consommation collaborative, prend une commission sur la rémunération que le locataire verse au propriétaire pour la mise en relation, la fourniture de contrats… et des services en cours de finalisation (l’assurance notamment). L’inclusion de l’assurance nous permettra notamment d’instaurer un paiement récurrent. Nous travaillons sur d’autres pistes que nous aimerions développer dès le mois de septembre.
Comment financez-vous votre start-up ?
Mes associés et moi, une équipe de développeurs bordelais, YAAL, avons mis 15 000 euros au capital. Je suis allée chercher un prêt bancaire ainsi que le soutien du réseau Entreprendre. Une première levée de fonds est prévue dans les prochains mois.
Pourquoi as-tu choisi d'entreprendre dans ce type de service ?
Je crois au potentiel de la consommation collaborative et de l’économie du partage. C’est une lame de fond qui n’a pas fini de faire trembler nos modèles de développement et de consommation. Difficile d’ignorer le phénomène aujourd’hui. D’ailleurs, l’ADEME publiait très récemment une enquête sur les Français et la consommation collaborative venant confirmer la généralisation de ces nouvelles habitudes de consommation. Pour ce qui est de s’être attaquée à un service de stockage, il y a là un véritable challenge. D’abord parce que c’est historiquement un secteur dominé par les hommes, ensuite parce que ce service est très novateur notamment sur les questions contractuelles, juridiques et assurantielles, un véritable défi au quotidien !
Comment s'organise ton équipe ?
J’ai fait le choix de m’associer aux développeurs qui ont pris des parts de la société. J’ai fait appel à un graphiste hors pair, Justin Staple et à une petite équipe de stagiaires, Billel, Marie et Victor, qui assurent une partie de la prospection et de la communication. Nous travaillons tantôt dans les locaux de YAAL, tantôt dans un open space puisque nous sommes hébergés à l’Auberge numérique, un incubateur bordelais qui accueille une petite dizaine de start-ups. C’est l’opportunité de rencontrer d’autres entrepreneurs, de monter rapidement en compétence dans certains domaines et de profiter d’un accompagnement sur mesure.
Pourquoi avoir choisi la voie de l'entrepreneuriat plutôt qu'une autre ?
Ça fait bien longtemps que ça me taraudait. Dans la vie, j’ai une grande passion : l’escalade. J’aime cette liberté et cette indépendance que procure la grimpe, j’aime aussi la sensation de vide, l’excitation de la prise de risque, le dépassement de soi... bref un condensé de ce que je vis en dirigeant cette société. Je crois que c’était une évidence pour moi après 10 années passionnantes dans un monde (celui du livre) en pleine mutation lui aussi.
A quels types de difficultés as-tu été confrontée ? Qu'en as-tu retiré ?
Comme je l’ai évoqué brièvement, jestocke.com concentre de nombreuses problématiques. Le statut d’intermédiaire est compliqué à gérer notamment pour des questions évidentes de responsabilité mais également pour des questions d’encaissement de paiement, de statut... Le volet assurance est aussi une question cruciale pour rassurer les utilisateurs du service et instaurer davantage de confiance. Nous avons travaillé en étroite collaboration avec des avocats et des courtiers pour border ces questions. Aucun produit d’assurance n’existe pour le moment, il faut défricher.
As-tu des conseils que tu souhaiterais donner aux jeunes qui ont envie d'entreprendre ?
Difficile à ce stade, j’en cherche davantage que j’en ai à donner. C’est avant tout une histoire humaine alors je crois qu’il faut faire preuve de discernement et entreprendre avec les bonnes personnes. Ensuite, il ne faut pas lésiner sur certaines dépenses, notamment quand il s’agit de s’offrir les services de conseils, avocats… Enfin, il faut être très bien dans sa tête et dans sa vie personnelle pour affronter sereinement chaque étape de l’aventure.
Le site est actuellement en version Béta, à quand la version officielle ?
Nous y travaillons et je crois pouvoir vous dire qu’une nouvelle grande étape sera franchie la semaine prochaine avec le lancement de la partie recherche. Merci beaucoup à Laure pour cette interview ! Découvrez son projet jestocke.com Photo (de gauche à droite) : Victor, Billel, Marie et Laure de l'équipe Jestocke.com