Comment devenir agent sportif : 5 choses à savoir avec Tatiana Vassine

Comment devenir agent sportif : 5 choses à savoir avec Tatiana Vassine
Les agents sportifs, on en croise dans les séries télés ; ils roulent en Porsche, fréquentent des bimbos et sont les rois de la magouille. Ils négocient un contrat juteux dans un jacuzzi avant de passer un deal avec un gang et de faire un discours inspirant à leur poulain sur le dépassement de soi. Le tout avec le swag et l'assurance de l'homme le plus classe du monde.   Mais dans la vraie vie, on est souvent loin des clichés. Pour nous éclairer sur ce métier inconnu, j'ai rencontré Tatiana Vassine, avocate et auteure du livre Agent Sportif (chez Enrick B Editions). Pas de voiture de sport, pas de jacuzzi et une personnalité plutôt discrète… mais beaucoup d'infos pour les lecteurs de Wizbii.

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Tatiana, on sait finalement peu de choses sur le métier d'agent sportif. En quoi consiste ce métier et à quoi ressemble une journée dans la vie d'un agent sportif ? Ce métier est en réalité assez éloigné des clichés. Bien sûr, on peut toujours trouver des agents qui pourront renvoyer cette image, mais, dans la réalité, la plupart travaillent de manière acharnée et surtout pas sous le feu des projecteurs, la règle étant plutôt à la confidentialité.   Pour être agent, il y a deux points qu’il faut absolument maitriser :

♦ Avoir une parfaite connaissance de son secteur,

♦ Savoir gérer le relationnel.

Car l’agent est avant tout un intermédiaire. Il doit donc être capable de repérer un bon joueur et de l’assister dans la gestion de sa carrière, ou de conseiller un club sur la composition de son effectif (l’agent peut intervenir pour des sportifs ou des clubs) ; mais il doit aussi savoir jouer un rôle de pivot entre le sportif et son potentiel employeur. Sa journée type ? Passer des heures au téléphone (avec les joueurs, leur famille, leurs proches, mais aussi les clubs, entraineurs, directeurs sportifs, responsables de centres de formation, etc), cumuler les déplacements aux quatre coins de la France et de l’Europe principalement, remplir son agenda de rendez-vous, multiplier les prises de contacts et autres démarchages, visionner des heures de matches et faire le « piquet » sur les bords des terrains été comme hiver. agent-sport1  
C'est donc un métier varié ! Quelle est alors la meilleure formation pour l'exercer ? Comme cela concerne le monde du sport, on serait tenté de s'orienter en STAPS, mais il semblerait qu'il faille plutôt étudier le droit et les techniques commerciales, non ?
Il est délicat de répondre simplement à cette question car l’exercice de la profession d’agent sportif ne nécessite aucune formation. Il existe des formations privées à l’examen d’agent sportif, réputé pour être difficile. Ces formations, qui durent en moyenne entre 12 et 18 mois, ne sont pas obligatoires. Elles vont proposer au candidat une préparation à l’examen au travers d’enseignements sur la partie spécifique (réglementation sportive) et sur la partie juridique (droit des contrats, du travail, fiscal, de la sécurité, etc). Pour l’exercice de la profession, en revanche, il n’y a aucune formation spécifique. Et c’est ce qui rend la réponse à votre question difficile car la formation idéale serait celle qui permettrait à la fois de devenir un bon technicien sportif, de maitriser la dimension économique et commerciale de l’activité, et de connaitre la réglementation française et internationale sur le bout des doigts.
Or, cette formation idéale n’existe pas.
Alors, soyons honnêtes (et lucides) : sauf à avoir cumulé de nombreuses années sur les bancs de l’université (en STAPS, en droit, voire en psycho) ainsi qu’en école de commerce, il appartiendra au candidat de s’orienter vers la formation qui lui paraitra la plus appropriée en fonction de son parcours, de ses souhaits, de ses points forts ou faibles, etc. agent-sport5 Le plus efficace sera à mon sens pour l’étudiant de se concentrer sur son cœur de métier : le sport, et ainsi travailler son œil, voire son réseau ; ce qu’il peut faire en STAPS... ou en dehors d’ailleurs. Les formations commerciales pouvant aussi amener un plus, comme les formations juridiques. Au final, j’aurais tendance à penser que tous les chemins mènent à (l’AS ?) Rome (et à d’autres clubs tout aussi réputés !). Le tout étant de ne pas perdre de vue son objectif et de bien s’entourer…
Un cursus dense… qui n'est que le début. Une fois la formation achevée, comment devient-on concrètement agent sportif et surtout comment s'installe-t-on dans la profession ?
Une fois l’examen réussi, l’agent se voit délivrer le sésame tant attendu : la licence de sa fédération qui l’autorise à exercer l’activité d’agent sportif. Mais, contrairement à ce qu’on pourrait penser, c’est là que les vraies difficultés commencent car l’agent devra  alors se constituer un réseau et dénicher des clients qui accepteront de lui faire confiance. Ce n’est pas une mince affaire tant le chantier est grand et la tâche ardue. A ce stade, beaucoup d’agents renoncent d’ailleurs à exercer cette profession car si le succès à l’examen leur aura permis d’être qualifiés pour le championnat, il ne les aura nullement garantis pas de jouer le match.
Nombreux sont ceux qui restent sur le banc.
La clé du succès reposera donc non pas tant sur la réussite à l’examen, qui reste un préalable indispensable, mais sur la préparation d’un véritable projet professionnel. A force de travail et de persévérance, en s’entourant des bonnes personnes, la qualité de leur travail pourra être reconnue et le bouche à oreille fonctionner pour permettre aux jeunes agents de s’installer durablement dans la profession. agent-sport3 Parlons argent : la formation est longue, le cursus n'est pas évident et s'installer n'est pas si simple… Agent sportif, c'est un métier qui paye bien ?
Au risque de vous décevoir, pas nécessairement. Et oui, il faut se rendre à l’évidence, il y a des agents qui ne travaillent pas… et ne touchent donc aucune rémunération. Pour les autres, tout dépend des joueurs que les agents ont à leur portefeuille. Evidemment, pour ceux qui ont la chance d’intervenir sur des opérations ayant trait à des joueurs de niveau international, la rémunération sera conséquente (10 % maximum du salaire du joueur ou de l’indemnité de transfert).
Attention cependant, sur de telles opérations, il faut savoir que plusieurs agents interviennent, et que la commission est donc répartie entre chaque intervenant minorant le montant de chacun. En pratique, ces grosses opérations restent marginales et la majorité des agents se rémunèrent sur des opérations de taille plus modestes (avec des joueurs de niveau inférieur, des jeunes joueurs, etc). et perçoivent donc des rémunérations qui n’ont rien à voir avec les montants que l’on peut trouver dans les pages de l’Equipe ou de Foot Mercato. Il y a un autre point qu’il faut bien garder à l’esprit : la rémunération de l’agent est une commission. C’est un pourcentage de l’opération qui n’est versé qu’en cas de succès… et donc seulement si l’opération aboutit (par ex. par la conclusion d’un contrat de travail ou de transfert). A défaut, l’agent ne touchera rien et aura donc travaillé pour… rien. agent-sport4 De la même manière, et c’est malheureusement l’expérience qui me fait dire ça, si le deal se fait, encore faut-il, pour que l’agent touche sa commission, que l’opération ait bien été sécurisée juridiquement. A défaut, même si l’agent a travaillé et participé à la réussite de l’opération, il pourra se voir refuser tout droit à commission… et aura encore une fois travaillé pour rien. C’est donc une profession qui peut bien payer à terme, en fonction des deals conclus et des opportunités qui se présentent, mais à condition que tous les aspects de la transaction aient été sécurisés.
En tout cas, les places sont chères ! Quels conseils donneriez-vous à un étudiant qui souhaite tenter l'aventure et devenir agent sportif (pour rouler en Porsche et côtoyer des stars, par exemple) ?
Je n’ai malheureusement pas de recette miracle pour rouler en Porsche ! Peut-être jouer au Loto ou à GTA ? Plus sérieusement, la première chose sera de désacraliser la profession. Si l’étudiant la choisit pour l’argent, les jacuzzis, et les bimbos, il fera fausse route et la désillusion sera rapide et brutale. Il devra donc déjà faire le point sur ses motivations…
Ensuite, il devra s’assurer de posséder des qualités indispensables comme la capacité de travail, d’adaptation et d’abnégation (avec notamment une disponibilité 24/24). Si l’étudiant pense les posséder, je lui conseillerai de commencer au plus tôt à préparer son projet professionnel. Cela passera d’abord par des petites choses : aiguiser son œil, suivre l’actualité et s’imprégner des aspects réglementaires de la profession (aller lire les règlements du transfert et statut du joueur pour la FIFA, ou la Charte du football professionnel pour l’aspect national, etc.) en prévision de l’examen. Il pourra même tester ses qualités en exerçant cette activité mais seulement – et j’insiste bien là-dessus - à titre bénévole… (car s’il le faisait contre rémunération, il serait passible d’exercice illégal de la profession et je ne voudrais pas le retrouver en prison !). Un bon moyen de voir s’il se sent prêt à transformer l’essai !  

 

Tatiana Vassine est avocate et mandataire sportif (associée au cabinet RMS Avocats).

Rémi Raher est l’auteur de Juriswin et de Chronique d’un étudiant en droit.