Entrepreneuriat

Butterfly Effect / Bastien #1- Lettre ouverte d’un jeune entrepreneur

Par Bastien Siebman
8 octobre 2012
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Il y a quelques jours, nous vous présentions de nouvelles start-up que nous allions suivre sur La Ruche. Bastien, jeune cofondateur de ButteflyEffect, une start-up qui s’attaque au don sur mobile, est le premier à se découvrir. Il nous livre une lettre ouverte destinée aux jeunes entrepreneurs en devenir.

Toi, jeune et ambitieux étudiant, tu as envie de devenir entrepreneur ? Tu as fais le bon choix. Tu t’apprêtes à te lancer dans une des plus belles aventures auxquelles tu peux prétendre, mais aussi la plus risquée. Il te faudra du courage, de la ténacité, mais surtout de la clairvoyance. Qui suis-je pour prétendre pouvoir te conseiller ? Juste un jeune entrepreneur à ta place depuis 18 mois maintenant. Et ces 18 mois à monter un projet de start-up m’ont plus appris que toutes mes années d’études réunies…

Commençons par la vérité qui m’est la plus évidente avec le recul : ton idée de start-up n’est pas unique. Je sais, je sais, il n’existe pas de concurrent à ton idée. A partir d’aujourd’hui, promets-moi quelque chose : à chaque fois que tu diras cette énormité, tu ajouteras à la fin «à ma connaissance». Et oui, désolé de te l’apprendre, mais vous êtes nombreux à avoir eu la même idée que toi. Peut-être même que moi je l’ai eue aussi. Peut-être même que je suis en train de la préparer. Ou pire, peut-être que Google a bientôt terminé de la développer ! Honnêtement, on s’en fiche. Toute personne censée te dira que c’est une bonne chose, que ça veut dire que ton idée est bonne. Ils auront raison. Surtout s’ils ajoutent : seule l’exécution compte. Vous êtes dix sur la ligne de départ, qu’est-ce qui pourrait faire la différence et permettre une exécution rapide ? Le réseau.

Le réseau est LA chose la plus importante pour toi à partir d’aujourd’hui. Va dans des forums, assiste à des conférences, fais des conférences, témoigne à des tables rondes. Collecte des cartes de visite. Rentre-les bien proprement dans ton carnet d’adresses, et envoie un petit «Merci et à bientôt» à chacun. Fais faire 500 cartes de visite et essaye de t’en débarrasser le plus vite possible. Il n’y a pas que la qualité de ton produit qui te fera réussir, car de toute façon tu seras trop petit pour attirer l’attention de qui que ce soit. Ce sera ton réseau qui t’apportera le contact qui parlera de toi à X dont Y entendra parler. Et Z (le collègue de Y) avait justement eu la même idée que toi (ahah démasqué !) mais plutôt que de la développer il va acheter ta solution. Non ?

La deuxième chose la plus importante : oublie que tu es jeune, inexpérimenté, incompétent et que tu n’as jamais travaillé de ta vie. Quand on te rencontre, on doit voir quelqu’un qui a la hargne, qui est conscient de ses faiblesses, mais qui puise ses forces dans l’insouciance de la jeunesse (bien sûr il faut que ton produit soit de qualité). Ton concurrent avec 10 ans d’expérience te fait peur ? D’accord, mais il faut que ce soit plus agréable d’avoir un rendez-vous avec toi qu’avec lui. Ton capital sympathie sera très important.

Malgré ce capital sympathie, tu vas croiser des gens qui ne sont pas dupes. Pour eux, ton idée est nulle. Tu es le dixième à passer les voir avec la même idée, et tous ce sont plantés. Et lui connaît bien le marché, il sait que tu ne vas jamais y arriver. Comment tu pourrais, ils ont tous échoué ! Si c’était une si bonne idée que ça, lui le ferait ! La vérité, c’est que tu as besoin de ce brin d’insouciance pour bousculer les codes et réussir. Le marché que tu attaques a peut-être besoin d’un coup de jeune. Mais tu rencontreras aussi des personnes qui trouvent ton idée géniale, qui n’attendaient que toi, qui ont des dizaines de clients qui n’attendaient que toi, et qui te rappellent demain sans faute ! Je te laisse imaginer la suite. Business is business. On ne s’emballe pas, on ne se démotive pas. On avance. On ne mise pas tout sur un client. On ne met pas au placard un client non- convaincu. On avance.

Dans le business, l’argent est le nerf de la guerre. Tu as beau vouloir changer le monde, venir en aide aux plus démunis, résoudre un problème majeur ou rendre heureux la terre entière, sans argent tu ne feras rien. Et de l’argent il va en falloir beaucoup pour survivre. Quand je dis beaucoup, c’est beaucoup. Petit exercice mathématique : tu factures une prestation 1000€ TTC. 200€ sont de la TVA que tu dois rendre à l’Etat. Il te reste 800€. Tu donnes la moitié en part salariale et part patronale. Tu enlèves tes impôts personnels. Il ne reste pas grand chose. Heureusement pour toi, les clients sont prêts à payer cher pour tes services ! Ou peu cher mais ils sont beaucoup…

Fixer le prix de ton produit ou de ton service est un problème insolvable. Trop cher ? Personne n’achète. Trop peu cher ? La qualité ne peut pas être au rendez-vous! Et beaucoup de tes premiers clients chercheront la gratuité, en échange de «visibilité». Ah la visibilité ! Tout le monde veut en offrir mais personne ne veut en recevoir, car on ne sait pas à l’avance la valeur de cette monnaie. Il va donc falloir définir quel client sera en mesure d’apporter la contre-partie attendue. Ce qui m’amène au travail quotidien de l’entrepreneur : décider.

Tu vas passer tes journées à prendre des décisions, de la plus importante (quel prix pour mon produit ?) à la plus insignifiante (combien de pixels entre la barre de titre et le menu ?). Tu deviendras un expert en prise décision rapide (et en retour-arrière express). Tu seras une machine à décider. A tel point qu’une fois arrivé le week-end, voir tes amis parlementer pendant dix minutes pour choisir un restaurant te rendra fou. Littéralement.

Prendre des décisions, c’est bien. Les assumer et ne pas douter, c’est mieux. Tes associés ont besoin de voir que tu y crois. Ta famille et ta copine aussi. Tes clients aussi. Ne laisse jamais entendre que tu ne seras peut-être plus là dans un an, même si les statistiques te donnent raison. En apparence, tu vas donc devenir une sorte de roc. Une personne totalement sûre d’elle. Mais à l’intérieur, les montagnes russes ne font que commencer.

Finalement c’est surement ça un entrepreneur : une personne qui ne se laisse pas abattre par la plus mauvaise nouvelle et qui ne saute pas au plafond tant que rien n’est signé (et payé!). Un vrai entrepreneur, c’est aussi celui qui sait abandonner lorsqu’il est encore temps. Et pour ça, je n’ai rien à conseiller, il fallait aller à la FailCon le mois dernier !

Auteur

Bastien Siebman

Fondateur de ButterflyEffect

Commentaires

  1. Adrien Châtillon dit :

    Super billet! On reconnaît bien notre monde!

  2. Un grand merci pour cette lettre ouverte

  3. Mami Claudine dit :

    Je ne suis pas de votre monde…..loin de là! mais j'ai aimé cette lettre!

  4. Merci pour vos commentaires encourageants !

  5. Alain Leboul dit :

    Bastien, tu confirmes qu'un "jeune et ambitieux étudiant" peut faire preuve d'une grande maturiuté. Super ton article.

  6. Tout est là de ce que nous professons en Sarthe depuis … 20 ans et toi tu arrives avec ca à presque 20 ans. Bravissimo. Il ne te manque plus qu'à venir à 55 minutes de Paris respirer l'air des Happy entrepreneurs. Viens nous retrouver sur la salon des Entrepreneurs de Paris "stand Quittez Paris pour entreprendre en province" Stand 223 . Xavier DELAUNAY

  7. Merci beaucoup ! Nous ne sommes pas basés à Paris donc je ne pense pas être en mesure de passer au salon mais merci quand même ;)
    N'hésitez pas à visiter mon blog pour d'autres articles : http://siebmanb.com

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